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Premiers pas dans le milieu professionnel

Retrouvant Nicolas Dionis par hasard sur Facebook, je lui ai demandé de me raconter comment il était arrivé chez nous. Je m’attendais comme pour les autres qu’il me réponde en 2 ou 3 lignes.

Il m’a envoyé un véritable récit étonnant et drolatique. Je ne peux résister à vous le mettre en intégral. Ce garçon aux multiples facettes nous montre, avec beaucoup d’humour, une volonté de fer quant à atteindre le but qu’il s’était fixé. En l’occurrence devenir DJ à la Loco :

 

Tout a commencé début 1991 où j'avais décidé d'abandonner mon métier de prof de sport et de m'offrir des vacances en Corse. Après avoir bouffé toutes mes économies en quelques semaines, j'avais trouvé un petit boulot de serveur dans une crêperie.

Un des amis de mon patron, avec qui j'avais sympathisé et qui connaissait ma passion pour la musique, m'avait proposé de m'embaucher comme DJ, pour la prochaine saison d’hiver, dans un hôtel dont il avait signé la gérance, à la montagne aux « arcs 1800 ».

J'avais donc, sans hésitation accepté l’invitation. Seul hic ! je ne connaissais rien au métier !

De retour à Paris durant l'intersaison, je me suis donc mis à arpenter toutes les discothèques de la capitale, afin de m'auto-former à ce métier dont j'ignorais les fondamentaux.

 

C'est à ce moment là que j'ai découvert la loco, j'y ai donc fais 3 mois d'études intenses "gratis", car ayant sympathisé avec Patrice votre seul portier homosexuel de l'époque, y entrer gratuitement était devenu pour moi un jeu d'enfant.

L'avantage que vous aviez à mes yeux, était les trois étages de musiques différentes, rien de mieux pour s’enrichir musicalement.

J'y ai donc passé toutes mes nuits à relever tous les titres que vous passiez à l'époque, à disséquer toutes les phases d'ambiances, et à faire "la moule" devant les cabines de DJ's afin d'essayer de comprendre les différentes techniques d'enchaînements !

Mon stage terminé, Je me sentais donc prêt à rejoindre mon nouvel employeur qui allait ouvrir sa boite de nuit, mais je m'étais juré de revenir à Paris pour travailler à la loco. 

L'ambiance et le mélange des genres m'avaient subjugué. Vous aviez inventé le "danser ensemble"...

 

J'ai donc travaillé 5 mois dans une immense discothèque d'hôtel d’environ 600 m2 , où j'ai dû y faire danser, en tout et pour tout 262 personnes sur l’ensemble de la saison, dont 250 enfants, et visiblement…12 parents…

 

La saison terminée, étant persuadé d'être devenu un super DJ, je m'étais empressé de retrouver mon copain portier, musclé, barbu avec son look tout droit sorti du sentier, afin qu'il me présente au patron.

C'est ainsi que j'ai été présenté à Fred qui m'a octroyé 1 minute 25 secondes pour me dire qu'il n'avait pas besoin de DJ, mais que je pouvais toutefois lui faire une cassette audio.

Le lendemain même, Fred avait sa cassette, et je voyais déjà dans ses yeux, qu'il avait compris que je n'allais pas le lâcher, telle une vieille maîtresse dont tu n'arrives pas à te débarrasser !

Je l'ai donc harcelé tous les soirs où je le croisais, et ce, pendant plusieurs semaines, pour de  lui demander si il avait écouté ma cassette. 

Sa réponse était toujours négative, jusqu'au jour où il m’a dit : "ok ! T'as gagné, l'idée de faire travailler les gens qui on envie de travailler me plait  ! "

Il me proposa donc d'effectuer un essai durant les deux soirées d'un week-end en m'imposant de le faire au central…

C'était il me semble une très bonne façon de me décourager et de se débarrasser de moi, tellement il était difficile de gérer cet énorme espace avec une musique « Rock » qui n'est à priori pas faite pour danser !

J'ai donc inconsciemment accepté ce défit sans hésiter une seconde.

 

Il était donc prévu que je prenne la relève de Pascal vers 1h du matin pour un set d'une durée maximum de 2h.

Comme convenu je me suis donc retrouvé complètement pétrifié, aux platines du central, un vendredi soir devant 200 personnes sur la piste de danse, et une bonne centaine au bar !

En quelques minutes je venais de faire danser plus de personnes qu'en 5 mois de montagne.

Au bout d'une petite demie heure, et ce, afin certainement d'éviter un éventuel massacre, Pascal est venu me relever en me demandant d'aller rejoindre Fred au bar.

Ok, je venais de comprendre que DJ était un réel métier !

Et Fred allait me le rappeler : " bon ! T'es nul, tu n'as aucune expérience, mais comme je te l'ai promis, reviens demain soir faire ton deuxième essai. Surtout fais-toi plaisir mais n'espère jamais travailler ici un jour !".

Je suis donc revenu le lendemain totalement décontracté et heureux d'avoir l'occasion de jouer un samedi soir dans une des plus grandes boîtes de la capitale.

Rebelote, Pascal me fila les platines à 1h00, la piste était pratiquement vide et je me suis mis à sortir de vieux classiques Rock inconnus, rien que pour mon plaisir, et contre toute attente la piste a commencé à se remplir.

Je venais de comprendre la formule de Fred : fais toi plaisir.... et tu feras plaisir !

La mayonnaise avait pris, l'ambiance allait crescendo, putain quel pied !

Mais au bout de deux heures, ne voyant pas Pascal revenir, les sueurs froides commençaient à m'envahir surtout que j'avais totalement épuisé mon répertoire, mais à vrai dire le public me portait, et le couloir était bien trop long pour que je puisse me sauver en courant !

Donc vers 6h du matin, Pascal et Fred réapparurent enfin !

Fred me dit : " parfait, tu commences mercredi prochain.Dés à présent tu feras des remplacements ".

Donc le mercredi suivant, j'étais à 22h pétantes devant la porte de la Loco, je sonna et Marius m'ouvrit la porte en me disant que la boite n'ouvrait qu'à 23h.

J'ai eu beau lui expliquer que j'étais le nouveau DJ, que nenni ! il n'a rien voulut entendre.

J'entendais Fred gueuler derrière la porte en demandant où était le DJ. 

« j'étais bien là, mais derrière le hublot ! » Et j'y suis resté jusqu'à 23h… 

Marius se fit engueuler, et il ne m'adressera plus jamais la parole jusqu’à son départ !

Je venais ainsi de débuter une carrière de DJ, qui durera plus d’une dizaine d’années dans ce haut-lieu des nuits parisiennes. 

Si j’avais su et pu prévoir ce qui m’attendait, moi, c’est lui que j’aurais du prendre comme associé, mais c’est une autre histoire et on ne peut la refaire…

 

© 2020 par Nicolas Dionis.

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